Choisir
votre graphiste

(et plus si affinités)

Au moment de choisir un graphiste, les moins rompus à l’exercice multiplient parfois les demandes de devis à l’aveugle. Contrairement aux apparences, cette démarche hasardeuse n’est pas forcément motivée par un réel souci financier. Elle trahit généralement avant tout un cruel manque de repères. Si l’approche budgétaire est aussi compréhensible que légitime, elle comporte quelques pièges à éviter.

Choisir un prestataire ou choisir un tarif ?

Le premier est tout simplement de se sentir perdu face à l’éventail extrêmement large des propositions reçues. Comment différencier des offres dont le coût peut parfois varier de 1 à 10 ? Ces écarts ne semblent que confirmer un a priori répandu : le coût de ce type de prestation serait simplement réalisé à la tête du client. Le choix final, au sein de cet imbroglio quasi cornélien, est souvent de se rabattre sur le moins-disant, avec en prime la satisfaction de faire une bonne affaire. Après tout, moins on mise, moins on risque de se faire avoir. Et pourtant, ce cher agent Mulder vous le confirmerait : la vérité est ailleurs.

Mon conseil serait finalement assez simple. Concentrez-vous sur un nombre réduit de prestataires que vous aurez préalablement retenus, en ayant par exemple apprécié certaines de leurs réalisations précédentes. (Petit rappel : non, votre neveu Alex ne doit toujours pas faire partie de cette liste !). Surtout, essayez de les rencontrer ou d’échanger par téléphone avec eux lorsqu’il s’agit d’un travail à distance.

Il peut très bien arriver que vous soyez surpris par le coût de telle ou telle étape du travail, n’hésitez pas à poser des questions à votre interlocuteur. Il sera sans doute heureux de vous expliquer en quoi consiste son métier. Normalement, ses réponses devraient vous éclairer sur ce que vous achetez réellement. S’il commence à jargonner, à tenter de vous perdre ou de noyer le poisson à coups de termes techniques, vous comprendrez qu’il y a anguille sous roche et que, de toutes façons, vous aurez du mal à dialoguer avec lui par la suite. Mais dans la plupart des cas, vous obtiendrez des réponses précieuses à vos questions.

Attention à ne pas vous focaliser uniquement sur les coûts importants. Les montants dérisoires doivent vous alerter tout autant ! Ils sont généralement le signe d’un travail négligé ou non maîtrisé. Sachant que, de nos jours, les “arnaques” tant redoutées sont le plus souvent à chercher du côté des prix cassés.

À ce stade, vous devriez être en mesure de choisir votre prestataire pour la qualité que vous avez perçue de son travail, pour les échanges que vous aurez eus avec lui, pour sa compréhension de vos enjeux, pour les suggestions qu’il aura su vous proposer.

Il est encore temps de parler budget avec lui. Si le vôtre est serré, ce qui est courant notamment en phase de création d’activité, évoquez la question de façon simple et directe. Toute création se résume en réalité à un ensemble de contraintes à gérer habilement. Un nombre de pages, un volume de textes, une fonctionnalité indispensable sur un site internet, etc. Votre budget sera une contrainte de plus à intégrer à l’équation. Si vous avez bien choisi votre prestataire, celui-ci vous proposera des solutions adaptées en conséquence. Bien entendu, je parle ici de budget limité et non pas inexistant… Il vous appartiendra ensuite d’accepter une solution qui renverra peut-être à plus tard certaines de vos ambitions initiales, mais qui devra avant tout préserver votre objectif de départ : faire connaître et mettre en valeur votre activité de façon pertinente et cohérente.

Si, à l’issue de ce processus, votre choix se porte sur la proposition low-cost, le fameux site à 500 euros, voire “gratuit”, alors la seule question à vous poser sera la suivante : croyez-vous réellement en votre projet ? Avez-vous vraiment envie de le voir décoller ?

Le syndrome du photocopieur

Évitez de vous mettre en tête de dénicher le prestataire qui aurait… déjà réalisé votre projet ! Ça peut sembler une évidence et pourtant vous n’avez pas idée du nombre de personnes ayant pris contact avec moi au prétexte qu’ils voulaient le même logo que X ou le même site que Y que j’avais pu concevoir auparavant.

N’oubliez pas que les travaux précédents d’un graphiste sont le fruit d’autres collaborations, d’autres demandes et d’autres situations que les vôtres. Refaire ce qui a déjà été fait ailleurs vous condamnerait systématiquement à un cruel manque d’originalité ou de pertinence. Bien sûr, il n’est pas question de réinventer la roue à chaque fois. Mais par définition, un travail en graphisme ou en communication a pour objectif de s’adapter au mieux à des besoins spécifiques. Les cartes se doivent d’être un minimum rebattues à chaque fois. Faute de quoi on aura non seulement manqué son but, mais on se sera également terriblement ennuyé.

Votre budget : un secret d’État ?

S’il est une chose dont beaucoup ont du mal à parler, c’est bien de leur budget. La terrible angoisse du “combien ça va me coûter ?”, mais aussi le secret espoir du miracle, font entrer certains clients dans une véritable partie de poker. “Je souhaite un site internet d’une seule page pour démarrer. Si j’annonce naïvement que mon budget maximum est de 6 000 euros, je sens bien que je vais me retrouver avec un devis à 5 999 euros”.

Communiquer votre budget représente en réalité deux avantages majeurs.

D’une part cela vous fera gagner du temps. Inutile de multiplier les rendez-vous si votre budget n’est pas en adéquation avec le travail que vous demandez. Si vous cherchez à doter votre entreprise d’un site internet de 15 pages pour 200 euros, d’un logotype pour 100 euros, de cartes de visite pour 50 euros, chaque rendez-vous constituera une perte de temps pour vous.

Ensuite, et surtout, annoncer votre budget permet à votre prestataire d’adapter la nature de sa proposition, de choisir les solutions qui vous conviennent de façon spécifique, ce dès le départ. Un peu à l’image d’une recherche immobilière, la prise en compte de votre budget sera déterminante dans le choix des options à privilégier. Autant se concentrer dès le début sur la démarche la plus pertinente et performante pour votre projet.

Négociation : les fausses bonnes idées

Les années glorieuses du monde de la communication sont déjà loin. Le temps des excès et autres budgets colossaux est bien révolu. Conséquence directe : si faire appel à des professionnels de la communication est aujourd’hui devenu accessible à tous, la marge de manœuvre pour une éventuelle négociation tarifaire a disparu dans le même temps. Sauf exception, les devis que vous obtiendrez seront calculés a minima.

Quoiqu’il en soit, évitez à tout prix d’utiliser les stratégies suivantes, aussi agressives qu’inutiles :

Présenter d’emblée votre projet comme “simple” ou chercher à le minimiser. La plupart du temps, cela signifie seulement que vous avez décidé que celui-ci ne vous coûterait presque rien. Or, nous l’avons vu ailleurs, on a souvent tendance à sous-estimer les compétences et le travail d’autrui. En l’occurrence, c’est au professionnel que vous avez en face de vous d’envisager le degré de complexité de votre besoin et donc le coût que cela implique. Ne faites pas comme cette personne qui me demandait le tarif de création d’un “petit” logo. Pas de chance, cela n’existe pas.

Décider vous-même de ce que devrait être le coût d’une prestation, surtout quand il ne s’agit pas de votre domaine de prédilection. Afin de tenter d’obtenir des conditions favorables, une interlocutrice m’a ainsi exposé un calcul simple : si je me contentais de vendre chaque création de logo seulement 300 euros, il me suffirait d’en réaliser “3 le matin et 3 l’après-midi”, pour gagner très confortablement ma vie et en prime sans trop me fatiguer. Voilà qui pousse l’optimisme un peu loin.

Vous montrer insultant vis-à-vis d’une personne a priori vouée à vous accompagner dans la réussite de votre projet n’est pas non plus une bonne idée. Au terme d’un rendez-vous de deux heures, une cliente me faisait part de son étonnement, m’informant que j’étais “plus cher que Vistaprint”. Certes. Une fois encore : si quelque chose vous surprend, posez des questions, essayez d’en savoir plus. Ça sera sûrement plus constructif !

Avoir tout préparé

Une autre erreur classique est d’avoir déjà “tout préparé”. Après tout, cela fait des mois que vous songez à votre projet, vous avez regardé les sites de vos concurrents, vous êtes bien placé pour savoir ce que vous voulez. Vous avez déjà en tête l’arborescence de votre futur site et une idée assez précise du logo qu’il vous faut. Il devra représenter une fleur et être violet.

Ici, tout est question de dosage. Car dans tous les cas, un bon prestataire vous demandera effectivement de vous positionner sur un certain nombre de points, il vous poussera à exprimer ce que vous avez en tête, mais aussi ce que vous refuseriez catégoriquement. Il aura besoin de savoir dans quelle direction aller et quelles pistes éviter. Si vous avez entamé votre réflexion en amont, votre projet pourra souvent avancer plus vite dès le départ.

Revers de la médaille : le risque est aussi très grand que vous restiez un peu trop accroché à votre a priori initial. Ce qui a non seulement pour effet de limiter la réflexion de votre prestataire et passer à côté de ce qu’il aurait pu vous apporter, mais risquerait également de vous faire refuser toute proposition un peu trop nouvelle. Enfin, dites-vous qu’un prestataire se contentant d’exécuter vos consignes à la lettre témoignera d’un manque d’implication certain.

En d’autres termes : réfléchissez, oui, mais pas trop longtemps ! La majeure partie du travail gagnera toujours à se faire dans la concertation. Sinon, à quoi bon faire appel à un professionnel ?

La confiance fait partie de l’offre

Faire appel à un graphiste peut être le début d’une grande aventure. Comme pour tout prestataire indépendant, la nature des rapports que vous entretiendrez avec lui sera déterminante. Bien souvent, il sera votre interlocuteur unique à de nombreux moments. Lorsqu’il s’agira de concevoir votre logo. Puis votre enseigne. Vos cartes de visite. Les menus de votre restaurant. Votre plaquette. Votre site internet. Lorsqu’il faudra corriger en urgence une coquille un dimanche après-midi. Chercher une solution d’impression. Les occasions de compter sur lui seront nombreuses. Nous sommes loin d’une relation uniquement marchande.

Sachez aussi qu’à l’instar de toute relation humaine digne de ce nom, cette confiance devra être réciproque. Autrement dit : votre graphiste attendra aussi un certain nombre de choses de votre part. Vous voilà tout à coup avec une sacrée pression ! Pas d’affolement, la plupart de ces attentes relèvent en général du simple bon sens. Lorsqu’il vous enverra un email comportant les dernières avancées de ses travaux, il espérera un retour de votre part, si possible avant 6 mois et qui aille un peu plus loin que le simple “J’aime bien” ou “Je n’aime pas”. Il appréciera que vous teniez compte de certains de ses conseils et de quelques-unes des contraintes techniques de son métier.

Si au contraire vous êtes plutôt habitué à donner des ordres, avez du mal à écouter les suggestions de votre entourage, bref, si vous cherchez une relation plus contractuelle que collaborative, évitez les prestataires indépendants.

Un résultat qui dépend (aussi) de vous

Avant même la réalisation à proprement parler de vos supports de communication (de la carte de visite au site internet complet), votre prestataire devra vous accompagner dans une tâche rude et difficile : la prise de recul.

Chaque entreprise, quelle que soit sa taille, a ses petites habitudes. Elle connaît bien sûr ses produits, ses tarifs, son offre, mais aussi ses clients. Elle a son propre jargon, ses termes techniques. Elle connaît par cœur ses plaquettes, son site internet. Elle sait comment communiquent ses concurrents et elle fait sensiblement la même chose. Il s’agit là d’un mécanisme aussi naturel que compréhensible.

L’intérêt pour vous de faire appel à un prestataire extérieur sera donc également de bénéficier d’un regard neuf, qu’il est quasiment impossible d’avoir en interne.

Alors que certains s’obstinent à ne vouloir s’adresser qu’aux soi-disant spécialistes d’un secteur déterminé, la petite boussole de mon expérience indiquerait plutôt la direction inverse. Intervenir sur la communication d’un secteur dont j’ignore beaucoup, voire tout, me pousse par définition à poser de nombreuses questions à mon client. Avant de “communiquer”, il va bien falloir commencer par “comprendre”. Et je crois que c’est là que ma position sera en l’occurrence un vrai atout pour la suite. C’est cette étape qui va me permettre de faire la part des choses entre ce qui est depuis trop longtemps implicite au sein d’une structure et ce qui va devoir devenir davantage explicite dans le cadre d’une démarche de communication. Ce qui va obliger à quelque peu faire bouger les lignes par rapport aux habitudes ancrées, aussi bien chez certains dirigeants, leurs équipes commerciales, mais aussi tout simplement chez un entrepreneur individuel dont la passion constitue autant un moteur qu’un manque de distance dans la manière de proposer ses services.

Bien entendu, ce processus ne peut se faire seul côté prestataire ; il vous demandera une réelle capacité d’ouverture et d’échange. Voilà entre autres pourquoi la qualité d’une démarche de communication est loin de ne dépendre que de votre prestataire. En tant que client, vous avez un vrai rôle à jouer !